Turbines à gaz de xAI : le procès pour pollution peut avoir lieu
Pour faire tourner Grok, l'IA d'Elon Musk, l'entreprise xAI utilise des dizaines de turbines à gaz près de Memphis, aux États-Unis. Une association accuse ces turbines de polluer l'air sans autorisation. Le 30 octobre 2026, un tribunal fédéral a refusé d'enterrer l'affaire : le procès va avoir lieu.
Ce qu'il faut retenir
- Le NAACP, la grande association américaine de défense des droits civiques, attaque xAI (aujourd'hui une filiale de SpaceX) depuis avril 2026.
- On reproche à l'entreprise d'avoir fait tourner au moins 27 turbines à gaz sans permis, à Southaven (Mississippi), pour alimenter son data center Colossus 2.
- xAI demandait l'abandon des poursuites. Le tribunal a rejeté tous ses arguments, après avoir déjà refusé une demande similaire du gouvernement Trump.
- Rien n'est jugé sur le fond : le tribunal n'a pas dit que xAI avait enfreint la loi, seulement que le procès pouvait se tenir.
- L'affaire montre un problème plus large : l'IA a tellement besoin d'électricité que certains construisent leur propre centrale, vite, au gaz.
Que s'est-il passé ?
Le site de Southaven se trouve dans le Mississippi, à environ un kilomètre et demi de la frontière avec le Tennessee. Juste de l'autre côté, dans le sud de Memphis, se trouve Colossus 2, un des data centers géants qui font tourner Grok.
Pour alimenter cette machine, xAI et sa filiale énergie, MZX Tech, ont installé des turbines à gaz : un peu comme des réacteurs d'avion posés au sol, qui brûlent du gaz pour produire de l'électricité. Selon la plainte, 27 turbines ont été installées et mises en marche entre août et décembre 2025, sans permis délivré au titre du Clean Air Act, la grande loi américaine sur la qualité de l'air. Le parc a grossi depuis : selon les documents du procès, d'autres turbines sont arrivées.
Le NAACP, représenté par deux organisations d'avocats environnementaux (le Southern Environmental Law Center et Earthjustice), a porté plainte le 14 avril 2026. Il demande au tribunal de : - reconnaître que xAI a violé la loi ; - faire arrêter les turbines sans permis ; - imposer les meilleurs filtres antipollution disponibles ; - infliger des amendes pour chaque jour d'infraction.
Pourquoi le tribunal a dit non à xAI
En juin, xAI a demandé que l'affaire soit rejetée sans procès, avec trois arguments. Le tribunal fédéral du nord du Mississippi les a tous écartés dans une décision rendue publique le 30 octobre, rapporte CNBC : - « Les turbines sont mobiles, donc pas besoin de permis. » Le tribunal estime qu'au regard des règles du Mississippi, ce ne sont pas des sources « mobiles ». - « Le NAACP n'a pas le droit de nous poursuivre. » Faux, selon le tribunal : la loi permet à des citoyens et à des associations d'agir. - « Ce genre de procès est contraire à la Constitution. » Rejeté aussi.
Une dizaine de jours plus tôt, le 19 octobre, la juge Debra Brown, du même tribunal, avait déjà refusé une demande du ministère américain de la Justice. Le gouvernement Trump s'était rangé du côté de xAI en juin, en présentant les turbines comme un enjeu de sécurité nationale, puisque des agences fédérales utilisent des outils d'IA.
Qu'est-ce qu'on reproche à ces turbines ?
Brûler du gaz rejette du CO₂, mais aussi des polluants qui se respirent directement autour du site. D'après les chiffres de la plainte d'avril, relayés par Earthjustice, les émissions possibles chaque année atteignent : - plus de 1 700 tonnes d'oxydes d'azote, qui forment le smog (ce brouillard de pollution qui pique les yeux et irrite les poumons) ; - jusqu'à 180 tonnes de particules fines, assez petites pour entrer profondément dans les poumons ; - jusqu'à 19 tonnes de formaldéhyde, une substance classée cancérogène.
Ce sont des émissions potentielles, calculées par les plaignants, pas des mesures. Elles ont été revues à la hausse depuis, avec l'agrandissement du site. Le problème, c'est que la région de Memphis dépasse déjà les normes nationales sur le smog, et que le site est proche d'habitations, d'écoles et d'églises.
En face, les autorités environnementales du Mississippi ont estimé que ces turbines « portables » n'avaient pas besoin de permis. En mars 2026, elles ont autorisé MZX Tech à construire une centrale permanente de 41 turbines au même endroit, prévue pour 2027. D'ici là, les turbines temporaires continuent de tourner. SpaceX n'a pas répondu à CNBC. Au début de l'affaire, xAI affirmait que ses turbines respectaient toutes les lois en vigueur.
Ce n'est pas la première fois
À Memphis même, pour son premier data center, Colossus 1, xAI avait déjà fait tourner jusqu'à 35 turbines dénoncées par les associations comme non autorisées. L'entreprise en a ensuite retiré 20 et obtenu des permis pour les 15 restantes. Même scénario, même opposition locale : ça dure depuis des années.
Pourquoi l'IA brûle du gaz
Un data center d'IA géant consomme autant d'électricité qu'une ville. Se brancher au réseau électrique classique peut prendre des années : il faut des lignes, des postes électriques, l'accord du gestionnaire du réseau. Les turbines à gaz, elles, s'installent en quelques mois. Pour une entreprise qui veut faire tourner son modèle avant ses concurrents, c'est tentant.
Le revers : on gagne du temps, mais on reporte le coût sur l'air que respirent les voisins et sur le climat. Il existe d'autres pistes, plus lentes : le solaire couplé à des batteries, le nucléaire, ou tout simplement des puces qui gaspillent moins, à l'image des puces « qui ne calculent que l'utile » de Sparxity.
Alors, ça change quoi ?
Ce qui est acquis : le procès aura lieu. Ni xAI ni le gouvernement américain n'ont réussi à le faire annuler.
Ce qui reste à décider : xAI a-t-il vraiment enfreint la loi ? Le tribunal ne s'est pas encore prononcé là-dessus. Il doit aussi trancher une demande déposée en mai par le NAACP : arrêter les turbines tout de suite, sans attendre la fin du procès. Une décision sur ce point pourrait tomber dans les prochains mois. Un jugement sur le fond prendra sans doute bien plus longtemps, et un appel reste possible.
Pour toi : Grok ne va pas s'éteindre demain. Mais l'affaire donne un visage concret à une question que tu vas entendre de plus en plus : qui paie la facture énergétique de l'IA ? Ici, une partie de la réponse se trouve dans l'air des quartiers du sud de Memphis.